Scoop : Le Supermarché.

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Scoop : Le Supermarché.

Tautologie première : nous allons tous mourir un jour, (et là, Lecteur , tu te dis "Whaou, quel scoop !!") Seulement, nous ne savons pas quand ni comment. Avoues qu'à côté, le suspense de Plus Belle La Vie ne vaut pas grand chose. Néanmoins, s'il s'avère que je meurs d'un ulcère, je connais d'ores et déjà le lieu où je passerai l'arme à gauche : et ce sera le Supermarché. Le Supermarché a ce quelque chose de formidablement mystérieux puisqu'il concentre dans sa surface de véritables stéréotypes. Lecteur , imagine-toi un samedi après-midi bondé. N'étant point avec le corps professoral, week-end oblige, la marmaille peuple le supermarché déjà noyé par la marée humaine. Les rayons sont bloqués avec les dizaines de caddies, la file de chaque caisse n'a rien à envier à celle de Mango (si tu hantes souvent ce magasin, tu auras compris ce que ça signifie), et pour couronner le tout, le fils spirituel de Philippe Risoli beugle dans son micro que tu dois te dépêcher car "pour deux lotions 'Stop boutons' achetées, la troisième est offerte !" Malheureusement, cette offre alléchante ne sera jamais dans ton chariot, étant donné que tu es bloqué cinq rayons plus bas. Le rêve, n'est-ce pas ? Mais que serait ce cadre idyllique sans le formidable microcosme humain qui le forme et que j'évoquais précédemment ? Rien, en effet. Ces individus peuvent être divisés en plusieurs catégories (ou en rayons, étant donné que nous sommes au supermarché). Et ce sont donc eux, EUX , qui seront à l'origine de ton hypothétique trépas. Alors, avant de les assomer à coup de lot de 2 casseroles en promo exceptionnelle à 9?90 au rayon cuisine , laisse-moi te les présenter : 1. Il y a d'abord les "deux de tension". Même le moteur de la vieille 4L de ton grand oncle a plus de réaction que leur cerveau. Le rayon des surgelés doit (par logique) geler leurs neurones, je ne vois que cette explication... Mise en situation : tu désires passer. Plus vite les courses seront faites, moins la torture mentale durera. Seulement, M. ou Mme Mollusque a décidé de te barrer le chemin de la libération en se plantant devant. Mazette ! Mais que faire ?? L'écraser avec ton chariot ? Pas judicieux, car la masse inerte serait vite prise en charge par le service nettoyage du magasin. On te retrouverait donc en moins de deux secondes, et adieu le temps gagné, puisque tu finirais tes courses au commissariat. Lui demander poliment de bouger son tank lui servant accessoirement de postérieur ? Pas bête mais ces invididus, outre leur état de larve, sont atteints de surdité. Et n'oublies pas que le sosie de Philippe Risoli couvrirait tes cris avec ses ventes flash. --- 2. Le couple au bord de la rupture. Il y a des jours où tu ne les apercevras même pas. Exemple : le soir, entre 19h et 20h, heure de fermeture. Dans ce créneau-là, tu verras majoritairement des personnes seules : célibataires qui se demandent bien ce qui vont pouvoir manger, (généralement, ils sont tous regroupés au rayon surgelés), ou encore des employés - tout aussi stressés que derrière leur bureau - qui s'affairent en achetant quelques bricoles pour le repas du soir. Mais si tu as la bonne idée de faire tes courses l'après-midi, de préférence le mercredi ou encore le week-end, tu auras la surprise de voir des couples. Plein de couples, dont certains qui n'hésitent pas à faire le remake d'Un gars, une fille. Avec Chouchou, Loulou, et la drôlerie en moins. Quoique, après mûre réflexion, la situation est tout aussi comique que dans la série : une mégère qui s'excite après son pauvre mari parce que ce dernier s'est trompé de marque de yaourt, un époux radin qui s'énerve après sa femme qui achète des produits - dont l'efficacité a été prouvé à TF1, durant la coupure pub de l'émission Attention à la marche - tels que le thé prémâché par des moines tibétains avec plus de 1000 ans de pratique, le gel douche senteur des îles qui te plonge donc directement à Madagscar à peine que tu le mets sur ta peau satinée, ou encore les biscuits 0% matière grasse mais 100% goût. Oui, tu les vois donc s'exciter au fur et à mesure, s'emporter au milieu des passants hilares, mais qui essaient de ne pas ke montrer. Tu te dis que ça serait dommage d'en venir au divorce parce que Robert a pris des yaourt à la myrtille au lieu de la fraise des bois. Je propose donc de mettre en place un nouveau service : un médiateur. Il serait présent à l'accueil, les couples qui en auraient besoin n'auraient plus qu'à le sonner. Mieux, on donnerait obligatoirement une borne à TOUS les couples sans exception. Si la dispute éclate, hop, on presse le bouton. Muni d'un GPS, le médiateur arrive sur le qui-vive en sachant exactement où sont situés Martine et Sganarelle. Et là, on laisse le sémillant conseiller conjugal trancher : Yaourts à la poire ? --- 3. Les gens à éviter. Tu les connais. Seulement, tu n'as aucune mais alors aucune envie de les rencontrer. La vieille qui te tient le crachoir pendant une demi-heure en te racontant qu'elle a été à l'école avec ta grande tante, puis résistante lors de la 2nde guerre mondiale. Evidemment, tu admires son courage d'antan mais au rayon sopalin, ça le fait moins. Oui, le contexte joue beaucoup. Et puis aussi par pudeur. Le contenu d'un caddie ou d'un panier est aussi intime que celui d'un sac à main. Et là, il est présenté aux yeux de tous. Imagine un peu la scène, au détour du rayon fruits et légumes, tu rencontres un ancien prof qui t'a, pour une fois, laissé un bon souvenir. Il commence à te taper la discut', "et qu'est-ce que tu fais comme études, et comment va ta soeur, ouh je m'en rappelle, c'était une excellent élève, gnagnagnagnagna" quand soudain, les yeux de ton ex pédagogue se pose sur tes achats. Et tu vois qu'il voit deux boîtes de préservatifs goût fruit de la passion (les biens nommés). Horreur, malheur, stupeur, effroi !! Et là, tu t'imagines travaillant à la DDE. "Eeeuuh.. Le rapport ?!" me demanderas-tu, Lecteur perplexe. Le rapport est que tu aimerais bien creuser un immense trou, là, maintenant, de suite, afin de te cacher et disparaître. La honte te submerge, tu deviens cramoisi. Ton faciès vire même bordeaux lorsque tu constates le regard mi-coquin mi-espiègle que t'adresse ton professeur. Un peu comme s'il te disait : "Et bien ! J e vois qu'on s'emmerde pas !" Au secours. --- Mais il n'y a pas que la populace à proprement parlé. En effet, il y également : 1. Les chariots livrés à eux-mêmes (et surtout à nous). Ils hantent les rayons avec leur volume imposant. Tu veux atteindre ton paquet de biscuit chéri mais là, c'est le drame, des monstres tout rouillés et remplis à ras-bord te barrent le chemin de la gourmandise. L'oeil aux aguets, tel un toxicomane ne pouvant obtenir son sachet de drogue, tu cherches frénétiquement et autour de toi les propriétaires de ces malheureux tas de ferrailles. Seulement, rien à l'horizon. Tu constates que ces derniers arrivent cinq minutes, après s'être tranquilement baladés dans tout le magasin. L'oeil aux aguets d'il y a quelques minutes se transforme alors en regard fusillant, tout juste si la fumée ne te sort pas par les oreilles. Oui, ton rationnalisme qui te caractérise pourtant disparaît progressivement au supermarché. La vue de tous ces caddies, se trouvant EN PLEIN MILIEU des rayons, de sorte que TOI, AVEC LE TIEN , tu ne peux pas passer, te donne l'envie irrépressible de jouer aux autos tamponneuses. Hurlant un sublime "YAAAAAAAATAAAAAA !!!" de rage, tu fonces avec ton chariot sur ceux des autres, déglinguant les roulettes, et foutant ainsi toutes leurs courses par terre : les pots de confiture cassés, le plastique des compotes est crevé, tu jubiles. Et tu atteins la jouissance sadique lorsque leurs propriétaires constatent le massacre, l'air épouvanté. Mouhahahaha !! Dingue, te dis-je. --- 2. La caisse, ou la prise de conscience de la solitude de l'homme. C'est bien connu, tu as toujours le chic pour te choisir la file la plus lente ou la moins rapide, tout dépend de ta capacité à être optimiste (ou pas.) Et pourtant, tu as bien étudié le lieu avant de choisir : tel un fin stratège, tu avais observé toutes les caisses, en éliminant celles à moins de dix articles ainsi que celles ne prenant qu'une carte spéciale. Et à chaque fois, tu te demandes bien l'utilité de cette dernière, vu que tu n'y vois jamais personne. Limite, tu éprouves de la compassion pour la malheureuse caissière qui s'ennuie comme un ras mort. "Rassure-toi Ginette, si tu veux du boulot, je peux t'en donner. Regarde comme mon chariot est plein." Mais Ginette fait la sourde. T'as pas la carte, t'as pas la carte. Cruelle fama (avec jeu de mots, siouplè .) Donc, tel un général préparant un plan d'attaque, tu observes minutieusement chaque caisse. Et après une profonde réflexion, voire parfois d'un coup de fil à un ami " A ton avis, vaut mieux que j'aille à la caisse où cinq personnes ont peu d'articles, ou deux mais avec un grand chariot chacune ?" , tu choisis enfin celle où tu vas passer. Et tu te rends compte que tu es loin d'être un fin stratège. Car la guigne te poursuit : alors qu'il n'y a plus qu'une personne avant toi, cette dernière à le malheur d'avoir pris un article où son code barre pose apparemment problème. On tape alors le code manuellement, on appelle Sylvie à la caisse n°9, Sylvie arrive avec son café à la main, Ginette bis lui dit qu'elle n'y arrive pas, Sylvie finit son café, prend l'article, retourne dans le rayon, rencontre David, le saisonnier aux abdos saillants chargé de ranger les rayons et qu'elle voudrait bien se taper (Sylvie, hein. Bien que Ginette bis ne serait pas contre non plus), Sylvie revient tout sourire accompagné de David, redonne l'article à Ginette bis et beugle "Quatre euros quatre-vingt-diiiiiiiiiix !" en sa direction, et dans nos tympans, aussi. Et toi, toujours derrière, tu maudis la vieille qui a voulu prendre cette passoire en plastique et qui ne se rappelait plus du prix, "et en plus, je n'ai pas mes lunettes.." , bah oui, forcément, sinon, ça ne serait pas drôle. Puis vient le moment de payer. Et là, c'est vraiment, vraiment drôle. Les vieux ont toujours la fâcheuse manie de payer par chèque ou par espèces. Vous savez, ce grand moment où le montant total est donné par pièce de dix centimes. Non pas que l'altruisme s'empare de ton être à ce moment-là, ça serait plutôt la folie meurtrière, mais tu as presque envie de dire "Bon attendez, laissez-moi vous aider" , sous-entendu "Depêche-toi la vieille, j'ai pas que ça à foutre, moi." Ensuite, Ginette, tout en machouillant avec grâce son malabar de trois heures, demande "Vous avez la carte de fidélitéééééé ??" ce à quoi la porteuse de dentier rétorque : "Qu'est-ce que c'est ? Ah.. attendez ! Je crois que je l'ai... (farfouillage dans son sac vintage) Ah bah non, je ne l'ai pas en fait... Qu'est-ce que j'avais gagné, sinon ?" "UNE BAFFE !!!!!" Oups ! Je me suis manifestée...

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