Scoop : Fallait-il publier le scoop sur le SMS présidentiel ?

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Scoop : Fallait-il publier le scoop sur le SMS présidentiel ?

La publication du scoop d'Airy Routier sur le site nouvelobs.com provoque un débat salutaire au sein de l'Observateur et de toute la profession. Doit-on s'indigner de voir un journaliste révéler un SMS sur la vie privée du Président de la république ? Ou bien faut-il manifester le même sentiment contre le Président pour l'attaque au pénal de l'auteur du scoop sur le SMS ? Faut-il encore s'en prendre à l'épouse du président qui, à la une de l'Express, compare ce scoop à la dénonciation des Juifs pendant la guerre ? Considérer, comme Christophe Barbier que ce n'est pas l'Express qui est allé chercher Carla Bruni, mais celle-ci qui s'est imposée dans ses colonnes ? Lundi après-midi en tout cas, les journalistes du Nouvel Observateur étaient conviés par la société des rédacteurs du Nouvel Observateur (voir communiqué ci-dessous) à débattre de ce sujet qui devrait être à l'ordre du jour dans toutes les rédactions. Un débat difficile et sur lequel pesait la procédure pénale choisie par Nicolas Sarkozy pour attaquer le site de l'hebdomadaire. L'avocat Richard Malka, a, ici-même , montré les dangers d'une telle procédure. Mais la protestation contre cet éventuel abus de droit n'exonère pas les journalistes d'un examen de conscience sur l'utilité de publier le genre d'information que constitue un texte de SMS relevant de la vie privée d'une personnalité politique. Un journalisme de trou de serrure Au vu des débats de la rédaction de l'Observateur , on peut dire que l'initiative judiciaire de l'Elysée a sauvé la mise d'Airy Routier, l'auteur du scoop. Car, si la rédaction a choisi de faire bloc officiellement et de le défendre contre l'attaque judiciaire de l'Elysée, ce papier a choqué beaucoup de journalistes de l'hebdomadaire. Il a choqué les anciens, et notamment Jean Daniel, qui est venu le dire lui-même lors de la réunion. Le fondateur de l'Obs a évoqué «une faute, et il serait meurtri que ses collègues ne pensent pas comme lui» , même s'il ne reprendra pas ce terme dans son éditorial de l'hebdomadaire et si, par ailleurs, il a défendu Airy Routier tout en dénonçant «le piège» que tend Sarkozy à la presse. Le papier de Routier a également choqué la direction de la rédaction de l'Obs, qui n'a pas eu à se prononcer sur sa publication et qui, selon ses dires lors de l'Assemblée n'aurait pas validé cet article s'il lui avait été soumis « ou en tout cas pas comme ça ». L'article sur le SMS a tout autant heurté les journalistes politiques du Nouvel Observateur , qui tiennent en général à respecter, dans leurs articles, la frontière entre vie publique et vie privée, si mise à mal depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. Le clou de l'assemblée a sans doute été l'intervention, lue à haute voix, de la grand-mère du fils de Carla Bruni qui travaille dans le journal. Celle-ci a déclaré parler comme «grand-mère de l'enfant de Pétra», passée, pour l'occasion, de l'autre côté du miroir. Elle a appelé ses confrères à défendre les « valeurs de l'Obs » tout en flétrissant « le journalisme de trou de serrure », alertant ses confrères sur le risque pour l'hebdomadaire, de devenir un tabloïd. Une prise de position qui rejoint celles, publiées sur le site d'url:http://, par Philippe Val ou Elisabeth Lévy . L'esprit de Camus En face de ces propos, plusieurs journalistes considèrent que le maintien de la frontière entre vie privée et vie publique est devenu irréaliste car il est transcendé depuis des années par Nicolas Sarkozy lui-même. Pour Airy Routier, la publication du contenu de ce SMS était nécessaire car elle instruit sur l'état mental d'un homme qui a tout de même la responsabilité d'appuyer sur le bouton nucléaire. Entre les partisans de la « transgression » - pas toujours les plus jeunes - et ceux du respect des règles classiques séparant vie publique et vie privée ? pas toujours les plus anciens -, beaucoup de rédacteurs de l'Obs étaient dans un brouillard sans doute représentatif de la situation de la profession journalistique. La désaffection à l'égard de la politique, le succès de la presse people, l'utilisation de la vie privée par les hommes et les femmes politiques, leur participation à des émissions de variétés où il question de bien autre chose que du bien commun, tout cela suggère forcément de bousculer les frontières d'antan. Après tout, se disent beaucoup de confrères, ce n'est pas nous mais Sarkozy lui-même qui a, sur les conseils d'un certain Richard Attias, mis en scène le petit Louis s'écriant «Bonne chance mon papa» dans un film de l'UMP. Le comportement du président, sa façon de bousculer les traditions, de jouer sur tous les tableaux, affranchirait les journalistes de règles désormais surannées. Sur le Net, la pression de l'audience est telle que les responsables des sites sont très tentés de balancer toute info susceptible de déclencher des clicks. En l'occurrence, celle sur le SMS de Sarko était assurée d'en générer plusieurs centaines de milliers. Ce débat, il serait hypocrite de le cacher, a traversé et traverse la rédaction de Marianne. Le site marianne2007.info avait publié, au soir du deuxième tour de l'élection présidentielle de 2007, le scoop sur l'annonce imminente, par Ségolène Royal, de sa séparation avec François Hollande. A plusieurs reprises par la suite, nous avons été en possession d'informations relevant de la vie privée du Président que nous avons décidées de ne pas publier, en concertation avec la direction de Marianne papier. Le livre d'Anna Bitton a également provoqué des débats intenses au sein de la rédaction, qui ont été restitués tant sur le site que dans l'hebdomadaire. Du coup, nous avons, à plusieurs reprises, commenté la façon dont la presse, people ou sérieuse, traitait de la vie privée si publique du président de la République. Ce comportement peut être critiqué en cela que Marianne2 peut être suspecté de perpétrer « le péché sans la faute » : en parlant de ce qu'écrivent Closer , Voici ou l'Express , nous bénéficions partiellement de l'audience du journalisme de trou de serrure dont nous voulons nous écarter par ailleurs. Mais comment s'interdire de commenter la «pipolisation» de la vie politique, le phénomène le plus marquant de la démocratie française ? Entre ces écueils, qui font du journaliste un moderne un slalomeur plutôt qu'un descendeur, nous continuerons notre petit bonhomme de chemin. En veillant, comme aujourd'hui, à restituer le débat professionnel qui concerne nos lecteurs autant que nous-mêmes. En 1944, Albert Camus écrivait dans Combat : «L'information, telle qu'elle est fournie aujourd'hui aux journaux, et telle que ceux-ci l'utilisent, ne peut se passer d'un commentaire critique.» C'est cet esprit que nous entendons faire vivre dans ces colonnes. Le communiqué de la Société des rédacteurs du Nouvel Observateur La SDR rappelle qu'en ces temps de pipolisation galopante et délibérée de la vie politique, des précautions indispensables doivent être prises dans le traitement de l'information, et que toute publication doit faire l'objet d'un examen rigoureux et serein. Même si elle ne doute pas un instant de la solidité du scoop d'Airy Routier, révélant l'existence d'un SMS envoyé par Nicolas Sarkozy à son ex-femme, la SDR s'étonne qu'il ait été publié sur le site sans l'aval de la direction de la rédaction, compte tenu de son contenu; qu'il ait été maintenu en l'état alors que des objections déontologiques avaient été soulevées dans les minutes qui ont suivi cette mise en ligne; que les justifications apportées par Airy Routier aient été données sur des médias extérieurs, et non sur le site de l'Obs. La SDR rappelle enfin que les attaques judiciaires dont le site est l'objet de la part de Nicolas Sarkozy s'expliquent moins par la publication de cette brève que par l'espoir du président, en période d'élections et de sondages en berne, de passer pour une victime.

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