Actualité People : Actualité de la subsidiarité

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Actualité People : Actualité de la subsidiarité

Europe Maxima Article de Georges Feltin-Tracol publié le 31 octobre 2007 Le 15 novembre 2003 se tenait à Paris le IVe colloque subsidiariste de l? Alliance sociale entièrement dédié à « La subsidiarité. Un grand dessein pour la France et l'Europe ». Les Éditions de Paris ont confié au secrétaire général de l'association organisatrice, Benjamin Guillemaind , le soin de rassembler les contributions dans un recueil qui vient de paraître. Belle occasion pour mieux comprendre découvrir le principe de subsidiarité et ses implications. Dans son adresse inaugurale, Alexis Arette pose la question déterminante : « Peut-on concilier souveraineté et subsidiarité ? » Oui, parce qu'« il n'y a aucune opposition entre la souveraineté nationale, qui s'exerce par le pouvoir régalien, et les souverainetés locales qui s'exercent par l'autonomie des corps particuliers. Le principe de subsidiarité, c'est-à-dire d'excellence, est un tout ». Cela signifie que « les autonomies locales ne doivent pas être du domaine des concessions, mais des reconnaissances ». Par ailleurs, il révise la portée du suffrage universel qui, « tel qu'il existe, n'est pas l'expression de la souveraineté populaire, car il ne représente pas la compétence des fonctions, mais la fantaisie des opinions. Il convient donc de reconnaître les compétences, au niveau de ces identités que sont les personnes, les fonctions (c'est-à-dire les métiers), les pays, et les services en général, pour refonder la souveraineté nationale ». Aux fondements de la subsidiarité La philosophe Chantal Delsol étudie « les fondements anthropologiques du principe de subsidiarité ». En effet, si la subsidiarité « représente l'une des multiples tentatives conçues au sein du Vieux Continent pour limiter l'autorité politique à son strict nécessaire ; elle s'enracine dans une certaine vision de l'homme ». Celui-ci « est jugé capable , et seule son action enrichit son existence. La capacité s'entend comme aptitude à diriger son propre destin, et par conséquent, à connaître les conditions de son propre bien ». En outre, la subsidiarité le considère « comme un être social, au point que la réalisation de l'intérêt général fait partie intégrante de son bien-être individuel ». De ce fait, « cet arrière-fond anthropologique marque la société ? subsidiaire ? de valeurs spécifiques : par exemple, on ne peut appliquer la subsidiarité sans croire au primat de l'autonomie sur l'égalité ». Par conséquent, « dans une société de subsidiarité, les tâches du ? bien commun ? ou de l'intérêt général sont l'affaire de tous. On peut dire que le principe de subsidiarité désétatise le bien commun comme finalité du politique ». Désétatiser la France ! L'économiste Janpier Dutrieux aborde cette notion capitale dans « De la décentralisation au fédéralisme global ». Faisant tour à tour référence à Pierre-Joseph Proudhon , Denis de Rougemont , Alexandre Marc et Guy Héraud , il analyse avec brio la pertinence du fédéralisme. Il confirme que la république française (et non la France, la nuance est de taille !) « repose sur deux mythes fondateurs étrangers au fédéralisme : d'une part le principe d'égalité, d'autre part le principe d'unité et d'indivisibilité? » Avertissant à juste titre que « nous ne rétablirons pas les corps intermédiaires d'hier. Il faut travailler à soutenir ceux qui existent encore, mais aussi en susciter et créer de nouveaux, représentatifs de notre monde et de notre société. Ils doivent émaner de celle-ci et ne peuvent être imposés par les gouvernants ou l'administration de l'État », il invite à « saisir toutes les opportunités pour créer un nouveau dialogue social, refonder des corps et communautés intermédiaires, pour enfin reconstruire ? une société à hauteur d'homme ?, une société fédérale dans des États fédéralisés. Ceci impliquera de distribuer, voire de redistribuer les pouvoirs vers les communautés de base édifiées par les populations elles-mêmes ». Janpier Dutrieux réaffirme avec force les principes cardinaux fédéralistes : ? la démocratie directe, ? l'exacte adéquation (« Tout problème doit trouver sa solution à l'échelon où il se pose. Et, par conséquent, obtenir les moyens de sa résolution. »), ? la mutualité (la coopération et la fédération des corps intermédiaires), ? la tridimensionnalité des pouvoirs (les institutions procèdent à la fois de l'élection, de la nomination et de la cooptation). Plus qu'une révolution, M. Dutrieux en appelle finalement à une élévation des consciences. Président du C.L.A.R. (Comité de liaison pour l'action locale et régionale) et administrateur à l'I.N.S.E.E., Loeiz Laurent évoque « les pays dans l'aménagement du territoire, vus par un Breton ». Apparu dans les années 1990 grâce aux lois Pasqua et Voynet, le concept de « pays » modifie en profondeur l'aménagement du territoire français. S'il estime que « le pays va s'imposer comme outil de simplification administrative », M. Laurent en appelle cependant à la patience. Certes, le canton et le département sont destinés à disparaître, mais « il faut laisser les vieilles institutions en place avant de répandre partout les nouvelles. La transition sera longue ». Un bel exposé technique de la part d'un praticien. Retour de l'idée impériale Dans « une Europe néo-carolingienne est-elle envisageable pour l'avenir ? », l'Altereuropéen Arnaud Guyot-Jeannin s'en prend aux machines de guerre de la Modernité que sont le jacobinisme, le nationalisme, l'État-nation et le mondialisme. Il démontre l'inanité du combat nationaliste. « Les nationalistes aiment la France, écrit-il. Tout le problème vient de ce que la France ne les aime pas. Non pas la France traditionnelle et enracinée, mais la France nationale-étatique transformée en une république fraternitaire et cosmopolite Black-Blanc-Beur. L'atomisation du corps social qui en résulte , standardise alors les comportements individuels et collectifs. L'uniformisation qui découle de l'individualisme désagrège tous les modes de vie soudant les communautés naturelles. » Pour Arnaud Guyot-Jeannin, la réappropriation de l'Europe charnelle par les Européens passe inévitablement par l'Empire , seul apte à défendre « l'unité politico-religieuse en haut (l'Europe légitimée par une autorité spirituelle) conjuguée à la multiplicité populaire en bas (les régions) ». Il ajoute plus loin : « Qu'on l'appelle Europe impériale, Europe fédérale, Europe continentale, l'Europe que nous souhaitons doit être unie, supranationale et garante des identités locales. Cette Europe doit être aussi, résolument, organique et plurielle, se fédérer à l'extérieur et se fédéraliser à l'intérieur, c'est-à-dire redevenir maîtresse des enjeux qui la concernent, par sa puissance et regrouper en les vivifiant ses communautés populaires enracinées consubstantielles. Cette Europe doit avoir un visage spirituel chrétien conforme à son identité traditionnelle et empêcher toute forme d'irrédentisme ou d'annexionnisme convulsif » . C'est un nouvel « Saint-Empire européen catholique et franco-germanique » qu'il appelle de ses v?ux. L'Europe néo-carolingienne s'envisage belle et bien. Mieux, elle est souhaitable, car « l'émergence d'une Europe néo-carolingienne réconcilierait la France et l'Allemagne, la Fleur de Lys et l'Aigle Impériale comme au temps de Charlemagne, le parti guelfe et l'esprit gibelin dans une dynamique géopolitique transcendantale ! » Une vision exaltante et stimulante. « La France est-elle encore jacobine ? » Ancien recteur d'académie et directeur de la revue Population et Avenir , Gérard-François Dumont se le demande. Il y répond par de nombreux exemples tirés de son expérience professionnelle variée. Son diagnostic est terrible pour les « élites ». La France n'est pas réformable tant que la structure administrative nationale continuera à vampiriser les forces vives de la nation . L'administration n'apprécie guère la décentralisation qu'elle freine par tous les moyens. Du coup, les velléités décentralisatrices apparaissent comme « un ersatz de girondisme ». Bref, « après une Constitution dont la lettre est devenue incontestablement girondine depuis 2003, l'existence de comportements véritablement girondins reste donc à démontrer dans la formulation des lois ou dans les pratiques administratives ». Président du mouvement souverainiste L? Alliance pour la souveraineté de la France, Francis Choisel pose une interrogation essentielle : « Peut-on sortir d'une Europe jacobine ? » Hélas, son exposé n'y répond qu'indirectement. Même s'il reconnaît que les instances de l'Union européenne détournent le principe de subsidiarité et que « le fédéralisme eut été un progrès dans le sens de la subsidiarité par rapport à la méthode communautaire n'est rien d'autre qu'un jacobinisme européen », M. Choisel s'attache surtout à critiquer certains points du projet (à l'époque !) de Constitution européenne heureusement rejetée depuis par les Français . Il revient enfin à Alexis Arette de présenter un « Contre-projet pour une Europe et une France subsidiaires » à forte tonalité catholique sociale et providentialiste. Alors que « l'accouchement d'une société différente est problématique, et que l'opération sera peut-être menée aux forceps », n'est-ce pas une raison supplémentaire pour se dresser et braver la dureté de l'époque ? Surtout « si ce n'est pas nous qui portons l'héritage, c'est l'héritage qui nous porte » ? Ce recueil démontre parfaitement qu'en dépit de la baisse généralisée du niveau d'instruction et des campagnes de masse de crétinisation, l'Intelligence française (et européenne) résiste toujours. C'est fort heureux. Lire cet ouvrage participe à ce combat. ? Sous la direction de Benjamin Guillemaind , La subsidiarité. Un grand dessein pour la France et l'Europe , Les Éditions de Paris, coll. Les Cahiers de l'As de Trèfle, 2005, 12 ? .

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